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Coworking, modjo et valeurs

 

Une question s’est posée dès la création de la Cordée : est-ce que ce modèle d’une Cordée sur plusieurs espaces, avec l’ambition de constituer un réseau sur le territoire lyonnais est compatible avec l’idée d’une communauté de membres soudée et des valeurs fortes (entraide, éthique des affaires, profits modérés, écologie…) ?

On a en tête ces projets (The Body Shop ou Quiksilver par exemple), qui en grandissant ont perdu leur modjo si particulier. Et, à l’opposé, des projets comme Patagonia ou Ben & Jerry’s qui ont su garder caractère et impact positif malgré leur croissance.

Nota bene : Nous avons beaucoup été inspiré dans cette réflexion par un livre fantastique : Small Giants, de Bo Burlingham.

Mais qu’est ce qui disparait lorsqu’un projet grandit ?

L’implication des fondateurs

Ils ne sont plus là au quotidien, pour tout faire, avec l’énergie de l’espoir dans leur projet. Ils sont peu à peu remplacés au quotidien par une équipe.

La réactivité

La structure de décision s’alourdit. Et les décisions, si rapides à prendre au démarrage, peuvent désormais prendre plus de temps.

L’attachement local

En multipliant les lieux d’implantation, on perd peu à peu l’attachement local, l’intégration dans un quartier et dans sa vie si particulière.

La liberté financière

En grandissant, on a besoin de se financer avec des acteurs de plus en plus exigeants. Des amis, on passe à la banque, puis aux business angels, voire aux fonds d’investissement et à la bourse. De tels financeurs signifient bien plus de pression sur les résultats financiers, voire une perte de contrôle du projet si on est obligé de vendre plus de la moitié du capital à d’autres. On se retrouve donc plus limité dans les projets innovants et bienfaiteurs. Et on peut même transformer un projet en l’ombre de lui-même, en en faisant une simple machine, arc-bouté sur ses acquis pour en tirer le plus de résultat possible, dans une logique de court terme.

Rien de très agréable à imaginer, mais malheureusement une situation que l’on voit se répéter encore et encore. Une fois posés ces risques, se pose enfin la question la plus intéressante…

Comment garder son modjo, ne pas perdre ses valeurs, tout en grandissant ?

Les garde-fous

Pour ne pas perdre les fondamentaux, le plus puissant des moyens est de donner la parole aux parties prenantes. Plus la liberté de parole est forte, plus tôt on saura que quelque chose ne va pas. Nous donnons donc la parole à nos membres, qui peuvent parler aux fondateurs, à l’équipe, donner leur opinion sur l’intranet ou les réseaux sociaux, lors des événements ou des déjeuners. En leur donnant la parole (et plus important encore, en respectant et écoutant la réponse), on s’évite bien des errements.

La culture

Le fait qu’une équipe prenne peu à peu la place des fondateurs n’est pas un mal en soi, bien au contraire. Chaque nouvelle personne amène son caractère et ses idées. L’enjeu est de réussir à faire de la vision initiale une vision partagée, et d’intégrer les idées de l’équipe à la vision globale. Ici encore, c’est l’écoute et l’attention à leurs envies et leurs difficultés qui fédèrent la structure, et permettent de garder au maximum le ton et l’énergie des débuts.

Le rythme de croissance

On peut choisir de grandir, mais on peut également choisir à quel rythme. Car avoir un rythme de développement raisonné a plusieurs conséquences positives. D’abord, cela permet de se financer à plus petite échelle, et donc de limiter la pression financière. Ensuite, cela donne le temps d’alterner phase d’expansion et phase d’approfondissement (ou de réapprofondissement si besoin) du projet et des valeurs. Enfin, cela permet de garder un attachement local, dans notre cas celui d’imaginer une communauté importante, mais centrée autour de Lyon. Cela peut passer par des moyens détournées (l’ouverture d’un espace de coworking à Paris Gare de Lyon par exemple), mais toujours au service de la communauté lyonnaise. Et c’est ce qui assure la cohérence du projet. Car lorsqu’on est responsable vis à vis d’une communauté de taille finie, on ne peut pas se permettre de gâcher des choses, en pensant qu' »il y en aura toujours d’autres pour venir ». Et cette responsabilité locale implique naturellement une responsabilité globale de la structure.

Une taille maximale ?

Toutes ces considérations sont cependant valables jusqu’à une certaine taille. A un moment donné, la taille de l’équipe met en danger l’unité du projet. Tout le problème est de savoir quel est ce « moment donné ». Les projets évoqués dans Small Giants parlent d’un palier important lorsque l’équipe atteint 50 personnes. Nous n’en sommes pas du tout là, et la question se pose déjà de savoir si nous souhaitons arriver là. Car la question la plus importante est surtout de savoir « Pourquoi grandir ? ».

Pour nous, les deux raisons principales sont

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la volonté d’avoir un impact visible sur les nouvelles manières de travailler, sur le partage et le collaboratif, sur le développement local et la responsabilité.

Le souhait de créer un modèle d’entreprise à la fois solidaire et rentable. Nous voulons montrer que c’est possible, qu’il n’y a pas un fossé automatique entre solidarité et économie. Et ainsi donner envie à d’autres de suivre ces traces dans d’autres domaines, pour créer une société plus apaisée.

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Tant que nous servirons ces deux causes, il sera utile de grandir. Dès lors que la croissance ira à l’encontre de ces objectifs, il faudra savoir s’arrêter. L’important est de continuer à se poser la question.

Article initialement posté par La Cordée.

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Projet à Valence

Bienvenue à Valence,

Je suis heureux de vous annoncer la naissance d’un projet de coworking dans la ville de Valence.
Le projet avance bien, il y a déjà une quinzaine de personnes qui sont très intéressées.
Vous pouvez trouver toutes les informations complémentaires ainsi que nos coordonnées sur le site de ce projet, www.coworking-valence.org.
N’hésitez pas et inscrivez-vous nombreux.

Thierry

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les lieux de travail qui ont changé l’histoire 3/ les ateliers d’artistes

Après les monastères et les kibboutzim, nous poursuivons notre exploration des lieux de travail qui ont changé l’histoire, une serie d’articles pour tenter de comprendre comment certains espaces de travail et de vie en communauté on pu apparaitre, s’organiser et grandir au point d’infléchir le cours de l’histoire. Aujourd’hui, c’est au tour des ateliers d’artistes de se faire inspecter. Une balade historique qui nous entrainera de louis XIV au Paris bohème des artistes du XIXème siècle.

Pourquoi et comment sont-ils nés ?

Les premiers ateliers d’artistes remontent au moyen-âge. L’art alors est considéré comme sacré, rattaché à Dieu, source de toute création mais dont ses représentants sur terre se permettent parfois d’exercer une censure sévère. L’art et l’artisanat sont largement confondus. L’atelier est le lieu de travail de prédilection pour ces créateurs. Mais l’atelier d’artiste, tel qu’on l’entend aujourd’hui et tel qu’il se déploya à partir du XIXème siècle, est le fruit d’un long et passionnant processus mêlant l’art, l’économie et la politique.

Durant la Renaissance, l’art perd sa dimension uniquement religieuse et devient également un moyen pour les puissants d’illustrer leur grandeur, d’assoir leur autorité et d’attirer à eux non seulement la cour mais également les savoirs-faire et les compétences. On pense aux Médicis en Italie ou à François Ier en France. L’art comme reflet du prestige des puissants atteint probablement son apogée sous le règne de Louis XIV auprès de qui gravitent les meilleurs artistes de son temps; Le Brun, Racine, Lenôtre, LullyMolière, La Fontaine

Mais à cette époque, l’art est produit sur commande. Les artistes choisis par les puissants sont entretenus, honorés, anoblis, bichonnés, ils prennent parfois des libertés mais ne sont pas vraiment libres.

Académies vs Ateliers

En 1648, Louis XIV crée l’Académie Royale de peinture et de sculpture dont il confie la gestion à Le Brun. Elle est l’ancêtre de l’Académie des Beaux-Arts. Elle a pour but de former et d’offrir une reconnaissance, une visibilité aux artistes talentueux.

L’enseignement est prodigué par des maîtres à des élèves triés sur le volet. Les élèves sont ainsi formés à l’étude du nu, aux techniques et à l’esthétique antique etc… Lorsqu’ils ont atteint une certaine maturité, ils peuvent alors choisir leur maitre ou fonder une école. L’académie est un lieu de rencontre et de reconnaissance entre artistes. Chaque année, les artistes de l’académie exposent leur oeuvres au public au cours de salons, moyen privilégié d’accéder à la notoriété et au succès.

Le style académique ne pousse pas tant les artistes à trouver leur propre style qu’à se rapprocher d’un idéal qui repose sur quelques principes; simplicité, grandeur, harmonie et pureté.

Les thèmes de prédilection privilégiés sont l’antiquité greco-romaine et l’orientalisme. Selon du Fresnoy, auteur du premier traité sur la peinture en 1668, « La principale et la plus importante partie de la peinture, est de savoir connaître ce que la Nature a fait de plus beau et de plus convenable à cet art ; et que le choix s’en fasse selon le goût et la manière des Anciens »

L’académie émane du sommet du pouvoir, ce qui en dit assez long sur le caractère solennel, officiel mais également parfois pompeux et figé des enseignements académiques et des productions artistiques de l’époque. Ce modèle restera dominant en France, et dans une grande partie de l’Europe jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. En peinture, Gérôme symbolise l’aboutissement et la fin de cette période. Seuls quelques artistes néerlandais comme Rembrandt s’en distinguent vraiment ainsi que d’autres précurseurs comme William Blake, Goya ou Delacroix.

En marge de cet univers académique, une population croissante d’artistes peine à exister. Ceux-ci ne peuvent entrer à l’académie car leur style ne rentre pas dans les principes officiels ou leurs sujets d’étude sont jugés trop communs ou trop provocants.

Ils ne peuvent exposer dans les salons, tenus par les académies. Leurs moyens matériels sont bien souvent limités et doivent partager leur atelier avec d’autres artistes. C’est dans ses ateliers que l’on commence à forger une nouvelle esthétique au service d’une autre vision du monde.

La Révolution Française entraine la disparition des rouages de l’administration royale des arts et de ses académies (remplacée en 1816 par L’académie des beaux-arts). Les aspirations de l’époque changent. Révolutions, réformes politiques et industrialisation placent l’Europe dans une situation inédite. Le romantisme fait son nid dans cette époque mouvementée.

Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir. Ils l’ont cherché en dehors, et c’est en dedans qu’il était seulement possible de le trouver.

Baudelaire résume en deux lignes le changement qui s’opère au niveau de la conception de l’art. Désormais, l’artiste est celui qui parvient à extérioriser de la manière la plus fine possible son « en dedans ». Dans ce clash entre les académies et les ateliers se confrontent en réalité deux visions du monde et deux façons d’envisager la création.

Pour l’académisme, le point de départ, la source de la création est extérieur et intellectualisé. La Nature fournit le matériaux, le maître enseigne la technique et les procédés pour produire et reproduire d’après Elle.

Ainsi, il est normal de suivre un enseignement hiérarchisé où l’extérieur (le professeur, les préceptes) s’impose à l’élève.

Pour le romantisme et les courants qui vont suivre, le point de départ de la création est intérieur et sensible, la nature ou la société ne sont que des supports pour l’expression de sa sensibilité, ou de ses impressions.

L’artiste devient introspectif. Son travail porte sur la perception. Son environnement de travail n’est pas dans les académies pompeuses et aseptisées mais partout autour de lui, dans ce qui peut nourrir son « en dedans » et lui donner de la substance. L’artiste est en prise avec le monde, et la condition de sa fécondité créative est un environnement capable de toucher son être. Ainsi l’atelier ou la cité d’artiste devient l’environnement idéal. Non hiérarchisé, ouvert, issu de la base, situé au croisement d’influences multiples, il est un terreau adapté à cette nouvelle méthode créative. S’ils ont commencé comme des outils de mutualisation des moyens pour des artistes dans le besoin, ces lieux prennent désormais un sens symbolique et revendicateur, lieu quasi mystique ou se produit la jonction entre l’artiste et son oeuvre. Les ateliers ont tous une sensibilité différente et c’est bien le fait de partager une sensibilité (et non une méthode particulière) qui réunit ces artistes.

Autour du XIXème siècle, l’art se démocratise et de plus en plus d’artistes commencent à pouvoir exister réellement et gagner tant bien que mal -souvent mal- leur vie.  Dans les années 1860, Paris comptait ainsi plusieurs milliers de peintres. Des locaux réservés aux artistes fleurirent à cette époque dans les quartiers neufs comme la Nouvelle Athènes, en complément des logements occupés par les peintres officiels et académiques dans le cœur de la capitale. On voit aussi se multiplier à cette époque des cités d’artistes où se recréent des espaces communautaires, proche de l’esprit de la Bohème.

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A Barbizon, dans les paysages de la forêt de Fontainebleau, on rompt avec le formalisme de l’époque pour produire des oeuvres inspirées par la contemplation paisible, hédoniste de la nature ou de scènes rurales, loin des représentations glorieuses et intellectualisées des artistes académiques. On travaille en pleine nature et l’on se retrouve le soir à l’Auberge de la mère Ganne pour confronter ses productions dans une ambiance festive.

L’impressionnisme, qui émerge dans la deuxième partie du XIXème siècle, signe l’abandon du style purement figuratif et symboliste propre à l’académisme  pour une approche plus portée vers le suggestif. La couleur, méprisée par les anciens (les académies n’enseignaient pas les techniques de couleur et se focalisaient essentiellement sur le dessin) devient essentielle.

En 1863, le salon de peinture et de sculpture, tenu par les membres de l’Académie, refusa plus de 3 000 œuvres sur les 5 000 envoyées. Face à cette hécatombe, Napoléon III décide qu’une exposition pour les refusés se tiendra au Palais de l’Industrie. C’est le salon des refusés, une première brèche dans la mainmise des académies sur le monde des arts. Manet y présente son déjeuner sur l’herbe qui créera un scandale sans précédent dans les milieux de la peinture. En 1884, le Salon des Artistes Indépendants est créé. Il permet à tous les artistes de présenter leurs oeuvres, sans qu’elles soient soumises à l’appréciation d’un jury. La devise de ce Salon, « Sans jury ni récompenses » symbolise bien l’état d’esprit de cette nouvelle génération.

Comment fonctionnaient-ils ?

Les ateliers partagés, les cités d’artistes, les auberges ou cafés qui servaient d’épicentre aux artistes du XIXème siècle forment un ensemble hétéroclite d’espaces différents régis par des règles souvent informelles. Ils se constituent autour d’artistes influents ouvrant leur espace de travail à d’autres artistes, de propriétaires immobiliers farfelus ou de personnages charismatiques. Malgré cette diversité de fonctionnement, certains points communs reviennent toujours.

  • On se rassemble autour de l’idée, et non de la technique

l’atelier est à la fois lieu d’apprentissage, lieu de production et de distribution. Il devient parfois lieu de promotion. On y croise tous types d’artistes; peintres, sculpteurs, écrivains, poètes … Ces lieux ne s’adressent pas à un profil type ni à une fonction clairement identifiée. Leur élément fédérateur, c’est la communauté de valeur.

  • apprentissage de pair à pair

L’atelier se distingue de l’académie car il est un lieu d’apprentissage de pair à pair.

Chacun est tour à tour élève et professeur, les meilleurs sont reconnus soit sur leur qualité technique, soit pour leur univers créatif particulièrement inspirant ou emblématique de l’esprit de l’atelier.

La technique et le message sont véhiculés ensemble, chaque membre pouvant apporter sa contribution sur ces deux aspects. Personne ne vient se placer en juge pour sanctionner le travail d’autrui. Cela ne veut pas dire que personne ne juge personne mais que celui qui émet un jugement, ne le fait pas depuis une position privilégiée et s’expose lui-même aux regards de ses pairs.

L’apprentissage de pair à pair est enfin le meilleur moyen de bénéficier d’un apprentissage individualisé tout en bénéficiant d’apports exterieurs riches et variés. C’est bien cela qui, dans la nouvelle conception de l’art devient essentiel car le travail y est devenu totalement personnel alors que les ressources (matérielles, techniques et intellectuelles) ont tout intérêt à être partagées. l’atelier permet  la fois l’individualisation de la pratique et la production d’une réflexion collective.

  • Un terreau pour la réflexion collective 

Une idée, une vision n’émerge pas toute formée dès l’origine. A ses débuts, elle est faible et incertaine, ses contours sont mal définis. Elle a besoin d’un environnement favorable, sorte de liquide amniotique qui lui permettra de mûrir pour acquérir son indépendance. Seuls, ces grands artistes du XIXème siècle n’auraient peut-être pas pu produire ce qu’ils ont produit, leurs intuitions, leurs visions n’auraient sans doute jamais pu prendre une forme aboutie. Les ateliers ont servit de couveuses pour ces idées encore diffuses. Le fait de bénéficier de lieux pour construire de nouvelles (micro) sociétés régies par d’autres regles et d’autres idéaux est fondamental pour transformer ses aspirations en réalités.

Et le coworking là-dedans ?

  • L’atelier d’artiste est le meilleur terreau créatif pour l’économie cognitive

Les processus créatifs dans les cercles artistiques sont particulièrement intéressants pour le coworking et l’économie du XXIème siècle car de plus en plus de qualités que l’on prête aux artistes sont désormais sollicitées dans les nouveaux processus créatifs aujourd’hui; créativité, originalité, vision, capacité d’adaptation, capacité d’apprentissage permanent, sens de l’initiative, intelligence cognitive et émotionnelle, intégrité…

Si l’on demande désormais à de plus en plus de travailleurs des qualités que les artistes apprennent à affûter grâce notamment aux ateliers, il est assez logique, que l’environnement de travail idéal tendra à s’approcher de l’environnement traditionnel des artistes.

L’environnement du travailleur de demain ressemblera sans doute plus à l’atelier d’artiste qu’aux bureaux que nous connaissons tous parce que ses exigences de travail ressembleront davantage à celles des artistes du XIXème siècle qu’à celles de l’employé du XXème siècle.

  • Sans jury ni récompense 

« Sans jury ni récompense », la devise du salon des indépendants conviendrait parfaitement au coworking. Le coworking fonctionne également sur ce modèle horizontal, de pair à pair, où personne ne vient se placer en juge pour désigner, choisir et récompenser. Derrière ce mode de fonctionnement on retrouve l’idée que, ce qui relève de la création, de l’innovation, ne peut être compris avec le regard et les moyens existants.

Qui dit juge, dit référentiel de jugement, et donc calquage d’anciennes idées sur de nouvelles. Logique qui tend invariablement à freiner l’innovation réelle.

Cela valide la logique horizontale et bottom-up du coworking et montre comment l’absence du pesant regard du passé sur le présent libère la création.

  • Innovation ouverte

Les ateliers d’artistes furent incontestablement des lieux d’innovations esthétiques et intellectuels et pourtant, ils ne se sont pas organisés comme un labo de recherche où un département de R&D tenu secret. Ils ne furent pas composés de spécialistes en pointe dans un domaine particulier mais brassaient au contraire tout un univers peuplé de gens de tous bords, aux compétences bien différentes.

Les systèmes ouverts, structurés seulement par des idéaux, sont des outils d’innovations, intellectuels, sociaux et artistiques d’une efficacité prodigieuse.

Voici un enseignement intéressant pour le coworking. Pour être vecteur d’innovation, le coworking doit rester ouvert tout en restant capable de rassembler la communauté autour d’idéaux communs. On retrouve d’ailleurs cet élément parmi les exemples que nous avons étudiés auparavant; les monastères et les Kibboutzim.

 

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Les lieux de travail qui ont changé l’histoire. 2/Le Kibboutz

Mutinerie continue ses plongées spatio-temporelles dans les lieux de travail qui ont changé l’histoire. Après le monastère à l’époque médievale, nous nous attaquons au Kibboutz, ces villages collectivistes émergés en Palestine à partir du début du XXème siècle.

Pour cet article, j’ai fait appel à Léonard Déage, un ami non seulement féru d’histoire mais ayant également testé la vie dans un Kibboutz pendant 6 mois à la fin de ses études. Il sait donc de quoi il en retourne sur ces questions. Rappelons ce qui nous intéresse dans ses flashbacks historiques; comprendre comment des espaces de travail et de vie innovants sont nés, se sont organisés et ont su modifier le cours de l’histoire. Dans ces expériences du passé résident sans doute de nombreux enseignements pour ceux qui tentent actuellement de changer nos façons de vivre et de travailler.

Contexte de la fondation du premier kibboutz : Degania

L’Empire russe de la fin du XIXe siècle connaît de graves troubles politiques, et les émeutiers finissent souvent par se retourner, notamment lors de l’assassinat de l’Empereur Alexandre II, en 1881, contre les très nombreuses communautés juives installées sur les actuels Ukraine, Moldavie, Biélorussie, Pologne et pays baltes.
Parallèlement, les idées sionistes mettent en effervescence les milieux intellectuels laïcs de la Diaspora occidentale : Théodore Herzl publie son Der Judenstaat (L’Etat juif) et réunit le premier Congrès sioniste à Bâle, en 1897.
Ces idées suscitent un enthousiasme particulièrement fort au sein des communautés d’Europe orientale, qui subissent régulièrement de violentes persécutions, et qui restent soumises à des lois discriminatoires.

On assiste alors à plusieurs vagues d’immigration successives vers la Palestine (de l’ordre de 50 000 personnes entre 1881 et 1914), alors sous domination ottomane. De petites  équipes se forment et s’installent sur des terres préalablement acquises par le Fonds National Juif (KKL), et dont l’exploitation leur est concédée.
Pour ces jeunes pionniers, qui le plus souvent ne savent rien de l’agriculture, il s’agit maintenant de survivre, de défricher, drainer les marécages, dépierrer les champs, planter des arbres… Beaucoup se découragent et vont plutôt tenter leur chance en Europe occidentale, aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud.

Si la volonté de ces pionniers est bien de créer un Juif nouveau, vivant du travail de la terre et de ses mains (métiers qui avaient longtemps été interdits au Juifs, dans les ghettos d’Europe), loin de toute exploitation de l’homme par l’homme, et si les vétérans du Bund et autres partis socialistes ouvriers juifs sont nombreux, tous ne sont pourtant pas des socialistes convaincus.

En l’absence d’un courant politique dominant et dogmatique, et devant l’extrême diversité de cultures, de langues et de mode de vie des immigrants juifs, de nombreuses expériences d’organisation coexisteront au début. Cela donnera aux Kibboutz un
e démarche expérimentale indéniable.

La rudesse du travail, dans des champs restés en jachère pendant des siècles, l’isolement géographique, et parfois la nécessité de faire face aux menaces des tribus bédouines environnantes rendent en fait le travail et la vie en communauté indispensables à la réalisation de cet idéal. Les fermes qui ne fonctionnent pas sur des principes égalitaires, avec propriété collective des moyens de production, périclitent ou explosent.

C’est dans ce contexte qu’en 1909 est fondé Degania, au bord du Lac de Tibériade, en Galilée. C’est dans ce kibboutz que de nombreux pionniers seront formés, pour essaimer ensuite en fondant plus loin de nouveaux kibboutzim, dans l’idée de pouvoir revendiquer l’occupation d’un maximum de territoire avant la proclamation prochaine de l’Etat d’Israël et le partage des terres qui s’ensuivrait.


Kibboutz farandole

Fonctionnement d’un kibboutz type

Le principe de collectivisme ne s’arrête pas à la propriété et à la coopérativité, mais s’applique aussi à la vie sociale (les repas sont pris en commun dans une grande salle, etc.), à l’éducation (les enfants sont élevés par groupes d’âge, et ne voient leurs parents que quelques heures par jour). Les décisions concernant le kibboutz sont soumises à un régime de démocratie participative directe.

L’administration est réduite au strict minimum, ce qui est rendu possible par le fait qu’en moyenne un kibboutz compte moins de 450 membres, mais pas non plus sans rapport avec un fond de culture anarchiste. Les postes administratifs sont tournants.
Après les dépenses de fonctionnement et les dotations aux investissements, les revenus sont partagés équitablement entre les membres, selon la taille des familles, et les services sont gratuits (école, dispensaire, buanderie, installations sportives, dans une certaine mesure la restauration collective, …). Ces revenus sont d’ailleurs essentiellement versés sous la forme d’un budget (« droit à dépenser dans l’enceinte du kibboutz »), et seulement en partie sous forme de salaire en monnaie courante (pour les achats personnels en dehors du kibboutz).

Cependant, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les kibboutzim ne fonctionnent pas en autarcie (ils ne peuvent pas produire tout ce qu’ils consomment), mais ils sont même liés à l’Etat de manière relativement importante. Ils exploitent des terres qui lui sont concédées par l’Etat, et ont touché (jusqu’à l’arrivée du premier gouvernement de droite, en 1977) d’importantes subventions. De plus, les kibboutzim ont historiquement fourni un important contingent à l’administration publique et à l’armée.

Après la proclamation d’indépendance et la première guerre israélo-arabe, en 1948, les kibboutzim contribuent aussi largement à l’absorption du flux d’exilés juifs issus des pays de l’Orient arabe, puis après l’indépendance des pays du Maghreb dans les années 60, puis après l’ouverture partielle de l’Union soviétique dans les années 70, et depuis son effondrement en 90.

Le kibboutz constitue alors une première étape – une sorte de sas de décompression – pour les nouveaux immigrants, au cours de laquelle sont dispensés, dans des écoles dédiées, des cours d’hébreu et des conseils pratiques (formalités, ouverture d’un compte bancaire, enregistrement à la Sécurité Sociale, …).

A noter que, à de rares exceptions près – une vingtaine de kibboutzim religieux sur 271 -, les kibboutzim sont laïques (voire un peu bouffe-rabbin…), et ne retiennent par exemple des fêtes juives traditionnelles que leur origine agricole ou leur sens national.

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Héritage

Après une période de crise dans les années 70, certains kibboutzim ont mené de profondes réformes, de l’instauration progressive de salaires différenciés à la privatisation pure et simple, en passant par la constitution en moshav (autre structure, plus proche de la coopérative classique).
En tendance, on a assisté à un recentrage de la vie privée sur la cellule familiale ; c’est ainsi que les enfants sont aujourd’hui majoritairement élevés par leurs parents, que les repas ne sont plus pris systématiquement en commun, et qu’une plus grande partie du budget est versée en monnaie.
De plus, conséquence d’un niveau globalement élevé d’éducation, le kibboutz s’est ouvert sur l’extérieur : en embauchant de la main-d’œuvre non-membre pour les travaux les moins qualifiés, et en permettant aux membres de travailler à l’extérieur (à condition de reverser la plus grande partie de leur salaire à la collectivité).

Aujourd’hui, les kibboutzniks ne représentent plus qu’1,8% de la population israélienne. Pourtant les 271 kibboutzim contribuent à 40% de la production agricole, 10% de la production industrielle et 6% du PIB d’Israël.

Mais surtout le kibboutz a donné au pays une étonnante proportion de ses hauts cadres militaires et politiques, et parmi les personnalités les plus engagées et les plus militantes socialement.
Jusque dans les années 80, il a constitué pour la société israélienne un modèle vers lequel tendre, et s’il ne jouit plus du même prestige qu’autrefois, il a durablement façonné la production, l’idéologie et la culture israéliennes.
Depuis les années 2000, le kibboutz connaît un regain de popularité et sa population croît de nouveau. Certains se sont en effet spécialisés dans des productions à haute valeur ajoutée : haute technologie, agriculture de pointe, industrie de l’armement, … Ils intègrent des bureaux de recherche et développement renommés dans le monde entier. D’autres encore se sont tournés vers les services : le tourisme essentiellement.

Le kibboutz reste une exception historique, et le mouvement communautaire le plus grand du monde.

Et le coworking dans tout ça ?

Quels enseignements le coworking peut-il tirer de l’expérience des kibboutz ?

  • Exodus

Le contexte dans lequel émergent les Kibboutz est unique au monde. La création d’Israël est un exemple rare d’une création nationale essentiellement « bottom-up » ; un mouvement spontané de la base vers le sommet. Elle part d’une base de personnes qui, en dépit d’énormes différences culturelles, partagent un sentiment d’appartenance à une communauté mais ne peuvent espérer vivre selon leur aspirations au sein des pays dans lesquels ils résident.

Le kibboutz est conçu comme un refuge pour les gens persécutés, un moyen d’échapper à l’oppression et à l’exploitation.

Les premiers Kibboutzim emergent bien avant qu’Israël soit reconnu comme un Etat, il ont précédés celui-ci et lui ont permis de prendre forme. Le coworking est également un mouvement bottom-up, né d’abord d’un mouvement spontané et rejoint par une réflexion plus globale. Il comporte également cette dimension de refuge, de lieu de vie et de travail vivant hors des règles actuelles jugées dégradantes, inadaptées, injuste ou simplement obsolètes.

  • Pas de communauté efficace sans idéal

Les Kibboutzim, comme les monastères du reste montrent qu’à partir du moment où des groupes humains sont unis par un idéal commun et une volonté réelle de vivre ensemble, il est possible de construire de grandes choses malgré une diversité culturelle colossale. C’est également quelque chose que le mouvement du coworking doit garder en tête. La diversité de profils et de compétences dans nos espaces ne peut être un véritable atout que si nous sommes capables de proposer et de maintenir un idéal commun partagé par tous.

Le modèle du kibboutz enseigne que lorsque l’on rassemble des gens partageant un idéal et qu’on leur donne les moyens de production, on peut potentiellement refaire société, au point de créer un Etat …

  • L’équilibre entre l’idéal et le réel

Le modèle d’organisation des kibboutzim se dessine au fur et à mesure des différentes expérimentations. Ce qui a émergé c’est fait davantage par pragmatisme que par conviction politique. Ce qui ne veut pas dire que les pionniers n’avaient pas d’idées politiques, mais qu’ils n’avaient pas d’idée préconçue de la forme que celles-ci devaient prendre.

La fondation d’Israël est très rapidement (et violemment) confronté à la dure réalité, et un modèle comme celui du Kibboutz n’aurait pu continuer à exister s’il n’était pas capable de s’y frotter. Il a été façonné par le réel, sans perdre son idéal.

Tandis qu’en pleine Union Soviétique, on transforma l’idéal socialiste en objectifs concrets et en plans quinquennaux, les kibboutz s’employèrent à garder et maintenir cet idéal tout en faisant face au réalités quotidiennes de manière assez pragmatique. J’y vois là un enseignement important sur la manière de conjuguer l’idéal, la vision avec le fameux « mur de la réalité » qui terrifie, et qui bien souvent fini par aplatir bon nombre de nobles esprits …

  •  Les risques

Enfin, on voit aussi dans l’histoire des kibboutzim, les germes des dangers qui peuvent guetter ce modèle d’organisation. L’histoire des Kibboutzim, comme celle des monastères et celle des espaces de coworking comporte ses erreurs, ses tensions et ses divisions.

Pour les kibboutzim, le risque de la confusion entre l’action des communautés et celle des gouvernements est évident.

L’histoire de la fondation d’Israël et celle des kibboutzim ne cesse de s’entremêler au risque de provoquer une perte d’indépendance réelle pour les kibboutzim et une potentielle instrumentalisation de ces derniers au profit d’une politique d’Etat. Les kibboutzim ont clairement servi de verrou pour l’appropriation et la consolidation des territoires fraichement acquis et ont bénéficié d’aides et de subventions diverses.

 On se retrouve bientôt pour découvrir un lieu de travail ayant changé l’histoire; les ateliers d’artiste au XIXème siècle

Si vous souhaitez contacter Léonard, le féliciter, le conspuer ou lui poser des questions, c’est ici

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Les 7 Phrases à Retenir de GCUC

Les Américains exagèrent lorsqu’ils annoncent que GCUC (Global Coworking Unconference Conference) est la plus grande conférence sur le coworking. J’étais en novembre à Paris pour la conférence européenne du coworking et l’affluence m’a paru identique. « The biggest« , disaient-ils. Un mélange de gros et de grand. Cela leur fait sans doute plaisir… Par contre, j’ai senti être plus proche de la Mecque du coworking, plus proche des personnes qui annoncent la couleur, qui donnent le « la ». C’est les Etats-Unis, ils font ça comme ça. Tous ceux qui pensent coworking ont une dette envers eux… Qui dit Mecque dit prophète aussi. Prophètes surtout. Car j’ai entendu un certain nombre de prêches qui auraient pu faire pâlir n’importe quel orateur « de métier » contemporain. Et j’ai retenu un certain nombre de phrases, sept pour être précis, résumant le contenu de ces deux jours à Austin, Texas. Florilège. 

Coworking – the term – sells us short. It’s the difference between sharing rent and sharing vision. – Derek NeighborsDerek a la corpulence d’un gros bébé. Son crâne rasé est aussi rond que son ventre. Sa barbe surgit donc de nulle part et sa couleur fauve tend à transformer cette barbe en une crinière. Derek est méchamment pertinent. Toute parole que j’ai pu entendre sortir de sa bouche a un but bien précis : terminer toute discussion débile par un aphorisme neighborien. Un aphorisme neighborien tranche sans complexe dans le lard et est d’une efficacité à toute épreuve. Tout ce que dit Derek Neighbors est puissant et il est aimé pour cela.

Coworking est un mot indigeste, barbare pour nous Français, difficile à prononcer, impossible à comprendre immédiatement – il faut toujours suivre en engageant une discussion, i.e. une explication. Les anglophones semblent avoir la même difficulté avec ce mot qui ne décrit que très peu le sens qu’on lui prête aujourd’hui. Donc les hommes ont décidé de lui donner le sens qu’ils souhaitaient, c’est-à-dire qu’ils l’ont enduit d’une charge émotionnelle et sentimentale plus forte que n’en possédait le mot brut lui-même. Parler de coworking tous les jours ne nous avancerait à rien si nous n’expliquions pas qui nous sommes, et pourquoi nous le faisons. Coworking n’est qu’un mot. Ce qui est important sont les sentiments et les valeurs associés à ce mot. Or, cela les pionniers l’avaient bien compris. Ils avaient une vision que les meilleurs d’entre nous, que les meilleures communautés parmi nous s’évertuent à perpétuer. Y a-t-il encore des gens qui écrivent coworking comme cela ?

Success is our community, a vibrant organism, feeding itself. – Benjamin Dyett

Il y a un jeu de mot à faire avec le nom de famille de Benjamin, un jeu de mot qui ne ferait rire que ceux qui découvrent la langue anglaise. Lui, ça doit peut-être le faire encore sourire. Et encore. Benjamin est Noir, chauve aux dents blanches, avec de l’embonpoint et comme tout Noir Américain en surpoids il a un charisme phénoménale. Son petit cou lui suffit à dominer toute une salle lorsqu’il s’exprime, vite qui plus est, ce qui retient en haleine ceux tombés sous son charme, les hypnotisés de Benjamin.

L’argent est le critère numéro 1 de réussite… Euh, est-ce que je viens vraiment d’écrire cela ? Force est de constater que le coworking vit le plus éloigné possible de ce monde-là. Le succès – la réussite – est de pouvoir faire ce qu’on aime avec les personnes que l’on aime et les ressources que l’on possède. L’envie que suscite, parfois, certains artistes et sportifs n’est pas un tropisme. La vérité est là : faire ce qu’on aime avec les personnes qu’on aime. D’où la communauté, considérée ici comme un organisme vivant. Pas une pâte à modeler ou, pour reprendre l’analogie cartésienne, un bout de cire qu’on façonne à son goût et transforme à son image. Que nenni. Une communauté est comme un organisme vivant. Elle grandit, s’enrichit et se cultive avec la plus grande autonomie. La réussite de tout parent est de voir ses enfants se nourrir par eux-mêmes – dans la nature l’exemple est encore plus patent ; le succès du coworking est de voir ses communautés vivre d’elles-mêmes, en auto-suffisance. L’argent vient après. Il est une conséquence. Ça a toujours été ainsi.

The people who are doing this are doing it because they choose to do it. – Alex Hillman

La clarté des yeux d’Alex me surprend encore et toujours. À certains égards, ses yeux sont presque blancs. Mais pas ce blanc qui n’inspire rien, pas le blanc de la feuille blanche. Les yeux blancs d’Alex sont d’un blanc coloré, un blanc qui a absorbé toutes les couleurs et qui continue son pouvoir d’absorption lorsque l’on croise son regard. Alex, aujourd’hui, est la figure de proue des personnes qui donnent le « la » sur le coworking. Une question résume son existence : où en serait le coworking aujourd’hui si Alex n’avait pas existé ?

Je rêve d’un monde où les personnes pourront un jour choisir leur métier. Je vis aujourd’hui dans ce rêve où des personnes ont d’une part choisi de faire ce qu’elles font et ont d’autre part choisi le coworking. Le coworking est et reste un choix. Ca ne pourrait être différent avec des personnes qui ont choisi leur vie. Ce « co » ne dit pas seulement que ces personnes travaillent ensemble, il énonce une inclinaison, une intention : ces personnes ont choisi de travailler ensemble, elles s’attendent à travailler ensemble. Et cette intention-là est sans doute le premier point commun entre ces personnes. La différence entre working et coworking, c’est donc le choix.

What did the 10 year-old child that you were think about work ? How about today and why this difference ? – Tony Bacigalupo

Tony est un grand gaillard. Aussi grand que large. Tout comme l’est son sourire. Son nom de famille signifie en italien « baiser de loup ». Je trouve ça joli. On dirait un prénom d’Indien d’Amérique. Baiser de Loup est un catalyseur. Votre vie peut se retrouver sans dessus dessous après une discussion avec lui. Il a sa technique : il écoute beaucoup, pose les bonnes questions et arrive à tirer le meilleur de chacun, comme ça, en un claquement de toi. Il est fort, fort comme un loup, Tony.

Ces questions peuvent faire rire tout le monde. Elles font également réfléchir tout le monde car elles forcent l’introspection. Le travail pour un enfant de 10 ans doit-il nécessairement n’avoir rien à voir avec ce qu’il représente pour un adulte ? Mettons de côté la candeur et l’innocence de l’enfant : un enfant de 10 ans souhaite faire ce qu’il aime, il sait déjà ce qu’il aime et il sait qu’il fera ce qu’il aime. Pourquoi est-ce si souvent différent à l’âge adulte ? Se poser ces questions c’est creuser un peu plus profond vers nos intentions premières. C’est un peu plus se connaître. Ça fait plaisir à Tony. Ça fait plaisir à Socrate. Ça fait plaisir à soi-même.

What the hell hapenned to the core values ? – Susan Evans Dorsch

Susan est ma meilleure amie. Je me bats avec Adam, entre autres, pour avoir ce titre. À Paris, lors de la soirée organisée par Alex, Tony et Adam justement, elle s’était décrite à moi comme « enthusiast, interested and kind« . J’ajouterai qu’elle est belle. Susan se ballade toujours avec un cahier sur elle et elle note tout ce dont son intuition lui dit de noter. Elle est comme ça, elle écrit beaucoup.

Qu’est-il arrivé aux valeurs du coworking ? Je me souviens qu’à Paris, sur trois jours, elles n’avaient pas été citées une seule fois. Idem à Austin, sauf quand Susan les a rappelées, rapidement, comme un dernier soupir de fin de journée. Ces valeurs ne sont pas encore acquises. J’ai croisé un nombre conséquent de fondateurs d’espaces de coworking qui n’en avaient jamais entendu parler. Dois-je compter combien de fois le coworking, aujourd’hui, est partout galvaudé, épuisé, pressé de sa substance ? Ces valeurs me font esquisser un sourire quand je croise une autre personne pratiquant le coworking ailleurs dans le monde : c’est ce que nous avons en commun. Comme il n’est pas encore l’heure de les omettre, les voici : Communauté – Collaboration – Ouverture – Accessibilité – Durabilité. Répétons-les à satiété.

Coworking is an invitation to participate. – Adam Teterus

Adam est l’homme qui remettra au goût d’une époque le port de la moustache – qu’il porte déjà très bien – ainsi que la pipe. Adam a la classe, il est comme ça. On le surnomme « Point Man » à IndyHall. C’est tout vous dire de l’homme qui cherche un peu de lui-même, et donc un peu des autres, dans les comics américains. Lui, c’est plutôt Captain America. Il est aussi bras droit d’Alex. C’est aussi tout vous dire.

La gesltat théorie nous a laissé ceci : le tout est plus grand que la somme des parties. Toute personne qui choisit de joindre un groupe de personnes parce qu’elle se reconnaît dans les croyances et valeurs véhiculées choisit de faire partie de quelque chose de plus grand qu’elle. Ce quelque chose la dépasse et elle choisit d’y adhérer, d’y participer. Car c’est transcendantal, cosmique, de l’ordre des choses et tous les hommes aiment la transcendance, le sacré. Le coworking, pour certains aujourd’hui et le chiffre grandit, est une idée supérieure, une valeur qui mérite participation. Nous vous invitons à participer et vous allez adorer parce que c’est en vous : participer est en vous. Participer est le premier pas avant d’être un super-héros, Adam le sait mieux que quiconque… Non, ce n’est pas lui Captain America.

Considering a discrepancy between business and community is a huge mistake. – Nicolas Bergé

Oups, il s’agit de moi. Mais cette phrase a eu son petit succès – succès tout relatif se comptant en retweet – lors de GCUC. GCUC se prononce d’ailleurs « juicy » (juteux), j’ai oublié de le mentionner. Les agrumes pressés, tout comme ce qui reste du coworking si l’on considère que le business du coworking n’a rien à voir avec la communauté. Combien pensent ainsi ? Beaucoup trop. C’est comme presser une orange sans jus : il manque quelque chose et plus personne n’achètera d’orange. Tout le monde aime le jus d’orange…

Je vous laisse avec cette image (que je vais m’empresser de travailler… oh). Ces phrases vont rester avec moi pendant un bon moment. J’aime tant les personnes qui les ont prononcées.

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Anniversaire : le Coworking du Forum digital souffle sa première bougie !

Pour sa 1ère année d’existence, l’espace de coworking de Caen la mer organise une journée spéciale : venez découvrir le coworking au Forum digital mercredi 27 mars de 9h à 18h non stop.

Comme d’habitude, chacun est le bienvenu pour échanger, réseauter, observer, déjeuner, ou tout simplement coworker ! Peu importe l’heure, n’hésitez pas à vous arrêter au Forum digital !

Au programme :

9 h 00 : Matinée portes-ouvertes
11 h 00: Atelier relaxation proposé par Anne Béguin, coworkeuse au Forum digital
12 h 15 : Pique-nique des coworkers
14 h 00 : Témoignages de coworkers
16 h 30: Moment de réseautage autour d’une pause café avec les coworkers du Forum digital

En un an, le coworking du Forum digital a permis de :

– construire une communauté de professionnels,
– favoriser le développement de projets de création d’entreprises,
– favoriser les idées et les rencontres,
– faire découvrir une nouvelle manière de travailler aux professionnels et aux entreprises.

Et ce n’est que le début !

Pour parler du coworking, laissons la parole à ceux qui en parlent le mieux, les coworkers du Forum digital :

Gaëlle Tonnellier, Consultante chez Implissio Consultants
« Le coworking permet d’échanger avec mon collègue sur les projets en cours et permet également la rencontre avec d’autres coworker, professionnels du numérique. L’aménagement des locaux et notamment le Cogitarium est propice à la convivialité et l’équipe est vraiment accueillante. En venant une fois par semaine environ selon nos disponibilités, le Forum digital permet de rompre l’isolement et de cloisonner la vie professionnelle et privée ce qui contribue à une amélioration générale du travail produit. »

Eve Vinclair-Berkemeier, Chef de projet web, consultante Agile et Scrum Master
 » J’adore le Forum digital ! Espace convivial et cosy, source de créativité. Networking autour d’un café. Travail concentré et efficace. Accueil chaleureux. Incubateur d’idées. Workshops et conférences – enfin on parle aussi de Caen dans le monde du Web !  »

Anne Béguin, Consultante 2.0 à MyTribu
 » Le coworking m’a apporté des moments conviviaux très sympas, des opportunités d’affaire, des partenariats, un lieu pour mes conférences et mes formations et des évènements très intéressants, autant du point de vue du contenu que des réseautages engendrés. »

Marie-Pierre Besnard, Consultante/cali-media
« Le coworking, c’est comme une crèche pour les grands et on est contents d’y aller : c’est une belle porte d’entrée, une ambiance de travail et de convivialité où on se côtoie dans le meilleur esprit. Chacun trouve sa formule dans la palette des services offerte. Longue vie au coworking ! »

Stéphanie Mahelin, Graphiste indépendante – Caen
J’ai commencé le coworking il y a un an, pour couper de l’isolement dans lequel j’étais à travailler chez moi. Depuis, le Forum Digital  m’a offert bien plus : une équipe très accueillante, un réseaux sympa qui m’a apporté plusieurs projets, une dynamique et un lieu pour recevoir mes clients. Personne n’est obligé de venir coworker, ceux qui viennent au Forum le font de leur plein gré, et cela se ressent sur l’ambiance : professionnalisme et bonne humeur font très bon ménage. Le Forum est aussi à l’origine de nombreux événements lié à mon domaine d’activité, tel que les Rencontres Interactives, c’est professionnellement très riche. Bref, je suis fan. Le Forum Digital c’est devenu un peu « chez moi », je m’y sens bien et j’ai l’intention d’y coworker longtemps.

Rendez-vous le 27 mars au Forum digital pour tester gratuitement le coworking dans une ambiance de travail conviviale et décontractée !

Le coworking qu’est ce que c’est ?

Le coworking est une nouvelle façon de travailler dans un environnement ouvert et propice à la création qui permet de fédérer et de croiser les compétences.
L’espace de coworking du Forum digital est en open space et permet de fédérer une communauté de professionnels!
Indépendants, auto-entrepreneurs ou simplement en phase de lancement d’activité, vous ne souhaitez plus travailler seul à la maison ou dans un café ?
Le Forum digital vous propose un environnement de travail professionnel, convivial et stimulant pour tout les professionneles de tout les secteurs !

Forum digital
Campus EffiScience – Bâtiment Érable
8 rue Leopold Sedar Senghor
14 460 Colombelles
02.31.46.74.54  contact@forum-digital.fr –
www.forum-digital.fr 

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Les lieux de travail qui ont changé l’histoire. 1/Le Monastère

Avant le coworking, l’histoire a connu d’autres expériences de lieux de vie et de travail partagés qui me font penser de près ou de plus loin à ce que nos communautés expérimentent à travers nos espaces. Ces lieux ont été capables de changer l’histoire durablement et de manière positive. Ils ont contribué à forger à catalyser et à diffuser des valeurs et des idées neuves.

Pourquoi et comment ces lieux se sont créés et ont pu prospérer ? Comment s’organisaient ils ? Quel impact ont ils pu avoir sur les sociétés dans lesquelles ils sont nés ? 

L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle peut tout de même nous éclairer sur les dynamiques et l’avenir des expériences contemporaines d’espaces de travail partagés.

J’ai choisi d’étudier plus précisément quatre modèles différents qui feront chacun l’objet d’un billet:

  • Monastères à l’époque féodale
  • Ateliers d’Artistes au XIXème siècle
  • Phalanstère et coopératives ouvrières
  • Kibboutz

Evidement, on pourrait citer plein d’autres exemples de lieux comparables : communautés hippies, monastères bouddhiques, ashrams, villages protestants puritains durant la conquête de l’Ouest américain… Mais les modèles que j’ai choisi me semblent représenter un panel diversifié réunissant pourtant les composantes essentielles qui nous intéressent au niveau du coworking :

  • Communauté délibérément constituée
  • Rassemblée autour de valeurs et d’idéaux communs
  • Capacité productive réelle 
  • Indépendance vis à vis de structures plus importantes
  • Capacité de transformation sociale importante

1) Le Monastère

Et oui, parmi les expériences du passé dont le coworking peut s’inspirer, le monastère tient une belle place. Au moyen-âge, et jusqu’à nos jours, les monastères n’ont jamais été simplement des lieux de prière ou de recueillement. Ils sont aussi des lieux de travail, de réflexion, de partage et de création artistique. A certaines époques, leur poids dans l’économie et dans la société était colossal… Ils ont traversé les siècles en modelant, et parfois en transformant les sociétés au sein desquelles ils sont apparues.

Ils ont rassemblé des hommes autour d’un contrat social spécifique, sur la base de l’adhésion volontaire. Des gens souvent érudits et éclairés, animés par des valeurs fortes et capables de mettre en oeuvre ce qui leur fallait pour vivre conformément à ces valeurs.

Alors voyons voir comment ils s’y sont pris.

Parler des monastères de manière générale serait une tâche trop énorme, car leur histoire s’étend sur plus de quinze siècles et sur presque tous les continents. Je vais donc me focaliser plus spécifiquement sur un moment de l’histoire monastique qui me parait être un concentré significatif : la réforme de Cluny.

Contexte et naissance de la Réforme de Cluny

Au VIIIème siècle, l’ensemble du monde chrétien traverse une crise majeure; fin des premières vagues d’évangélisation, disparition de l’empire Franc qui s’était présenté comme le défenseur de l’héritage chrétien de Rome, division du monde chrétien entre l’Est Byzantin et l’ouest Romain, invasions Arabes et Normandes … Autant vous dire qu’il existe à l’époque, un doute réel sur la capacité de l’église à survivre jusqu’à l’an mil…

Et il ne s’agit là que des difficultés externes. Sur le plan intérieur, les choses ne sont pas plus reluisantes. Les logiques féodales gangrènent ce qui est censé rester à l’abri des vanités temporelles, les évêchés deviennent des biens de famille, ou un rouage du pouvoir, les sacrements s’achètent et se vendent (simonie), les prêtres, qui alors pouvaient se marier, transmettent leur « poste » de père en fils. Quant aux monastères, il est évident que l’exigeante règle de Saint Benoit ne fait plus beaucoup d’émule… Les valeurs pèsent de moins en moins face aux intérêts privés. Les moines sont devenus des vassaux des seigneurs qu’ils doivent accompagner dans leurs campagnes militaires et accueillir avec leur suite, lors de séjours prolongés, paillards et ripailleurs…

C’est dans ce contexte chaotique qu’en 909 en Bourgogne est fondée l’Abbaye de Cluny. La réforme part de deux hommes; un laïc, le duc Guillaume Ier et un religieux, l’Abbé Bernon. Guillaume, très pieux, considère que « La richesse d’un homme est la rançon de son âme. » Il est désireux de pourvoir à son salut en donnant à quelques moines une partie de ses terres et souhaite que la future abbaye soit véritablement un lieu ou l’on y recherche Dieu et qu’il puisse par conséquent être détaché des dépendances féodales. Il s’y prend de manière très fine en se plaçant sous la protection du pape (ce qui à l’époque vous garantissait une vraie indépendance vis à vis des pouvoirs locaux n’osant pas s’en prendre au pouvoir de Rome) mais le pape ne peut lui-même pas véritablement intervenir dans les affaires de l’Abbaye comme le précise ce texte fabuleux de Guillaume Ier :

« Nous avons voulu insérer dans cet acte une clause en vertu de laquelle les moines ici réunis ne seront soumis au joug d’aucune puissance terrestre, pas même la nôtre, ni à celle de nos parents, ni à celle de la majesté royale. Nul prince séculier, aucun comte, aucun évêque, pas même le pontife du siège romain ne pourra s’emparer des biens desdits serviteurs de Dieu, ni en soustraire une partie, ni les diminuer, ni les échanger, ni les donner en bénéfice » 

texte guillaume d'Aquitaine

Ce passage du texte de la fondation de l’abbaye de Cluny est un chef d’oeuvre d’intelligence politique et révèle déjà plusieurs aspects qui firent l’originalité et le succès de l’ordre clunisien, son indépendance, son intégrité et sa compréhension du monde. Le succès de Cluny fut immédiat et l’ordre a très vite su faire des petits. Les monastères environnants se rattachèrent rapidement à Cluny, les dons affluèrent et furent très intelligemment investis. L’autorité morale des moines de Cluny et leur fécondité intellectuelle trouvèrent une audience large parmi les populations fatiguées de la corruption du message de l’église.

Les successeurs de Bernon sont choisis pour leur compétence, leur mérite et leur valeur, non pas sur leurs quartiers de noblesse ou leur appétit de pouvoir. Ils se sont avérés excellents et complémentaires. Bons gestionnaires, fins diplomates, hommes d’arts et de lettres, ils contribuent à l’essor moral et matériel de leurs communautés. href= »http://fr.wikipedia.org/wiki/Odon_de_Cluny » target= »_blank »>Odon succède à Bernon en 927, c’est un musicien talentueux qui améliore la beauté des chants et des liturgies. Avec « la Vie de saint Géraud d’Aurillac« , il propose le premier modèle du chevalier chrétien, celui d’un puissant seigneur qui met sa force et ses richesses au service de la justice et de la paix. Il veille à pourvoir l’abbaye d’une bonne bibliothèque, d’une école et obtient le droit de battre monnaie. Mayeul intervient jusque dans des querelles privées de la famille impériale, ce qui lui valut de se voir proposer le siège pontifical après la mort de Benoît VI ou Benoît VII, siège qu’il refusa, se jugeant plus utile au milieu de ses moines. La liste est longue et passionante…

L’esprit de la Réforme

Indépendance :

Le coup de génie de Guillaume Ier qui signe la naissance de Cluny place l’abbaye sous la protection du pape mais non sous sa dépendance. Cluny dispose d’une marge de manoeuvre totalement inédite pour l’époque et l’ordre saura en profiter joyeusement (prenant même de plus en plus de liberté au fil du temps, jusqu’à battre leur propre monnaie!). Bermon réhabilite la href= »http://abbaye.valognes.pagesperso-orange.fr/benoit/regle/regle01.pdf » target= »_blank »>règle de Saint Benoit, qui précise que les monastères doivent pouvoir être autonomes financièrement et doivent pouvoir s’autogérer. « Le monastère doit, autant que possible, être disposé de telle sorte que l’on y trouve tout le nécessaire : de l’eau, un moulin, un jardin et des ateliers pour qu’on puisse pratiquer les divers métiers à l’intérieur de la clôture. »

Le travail des moines est la première condition de l’indépendance du monastère et est considéré par Saint Benoit comme indissociable de l’épanouissement des âmes :

« L’oisiveté est ennemie de l’âme. Les frères doivent donc consacrer certaines heures au travail des mains et d’autres à la lecture des choses divines. Ils sont vraiment moines lorsqu’ils vivent du travail de leurs mains comme nos pères et les apôtres. « 

L’indépendance de Cluny existe donc sur tous les plans; politique, grâce au statut exceptionnel que l’ordre a su s’aménager. Economique grâce au travail des moines, et aux moyens importants dont ils disposent. Spirituelle grâce à leur autorité morale et leur ouverture d’esprit.A bien des égards, Cluny ouvre une brèche majeure dans le système féodal de l’époque reposant sur un enchevêtrement d’allégeances et d’intérêts croisés.

Intégrité

La mission que se donnent les moines de Cluny est l’élévation des âmes à travers la recherche de Dieu. Et ils s’y attachèrent avec une ardeur et une constance réelle sous la conduite d’abbés s’appliquant à être exemplaires dans leur tâche.

Qu’elle nous paraisse un brin archaïque aujourd’hui, la règle bénédictine fut parfaitement remise en honneur. L’observance des anciens voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance fut rigoureusement exigée des moines dont la vie était réglée selon un horaire quotidien. Pour autant, les moines Clunisiens n’érigent pas un mur entre le monde spirituel et le monde matériel. Ils ne vivent pas un ascétisme dur et intransigeant. La musique, la poesie, l’architecture, le travail de la terre comme la prière sont autant de moyens d’accéder à Dieu.

Ouverture

La spiritualité de Cluny ne s’inscrit pas dans une opposition entre l’esprit et la matière, entre Dieu et le monde mais considère le monde comme un terrain de recherche pour l’esprit.

La musique, l’art, l’architecture, le travail, la charité, la politique sont autant de moyens possibles et complémentaires d’élever son âme et d’approcher Dieu pourvu qu’ils ne détournent pas les moines de leur recherche spirituelle. C’est pourquoi les abbayes clunisiennes sont des lieux ouverts et en interaction permanente avec la société; les paysans et artisans qui travaillent avec l’abbaye, les moines venus de toute l’Europe, les seigneurs qui demandent conseil ou audience, les nécessiteux à qui l’ordre distribue nourriture, vêtements et chaussures etc… Elles sont également des lieux ouverts à des influences exterieures, musicales, architecturales et même aux influences d’autres religions. Pierre le Vénérable, qui fut père Abbé à Cluny fait traduire le Coran et invite ses moines à le lire…

Le cocktail d’indépendance réelle, d’intégrité et d’ouverture est généralement très gagnant, et d’une grande fécondité; l’indépendance donne les moyens d’agir, l’intégrité indique le cap à tenir et l’ouverture permet d’ajuster les voiles selon les possibilités…

abbaye de cluny

Héritage

À la fin du XIe siècle, Cluny exerce son autorité sur 1450 maisons, dont 815 en France, 109 en Allemagne, 23 en Espagne, 52 en Italie, 43 en Grande-Bretagne. Difficile de raisonner en PIB à cette époque mais il est évident que l’ordre de Cluny pesait très lourd dans l’économie européenne médiévale… Sans compter les savoirs-faire uniques et les technologies qu’ont apporté les moines au fil du temps ni l’activité d’archivage, de conservation et de diffusions de textes antiques par les moines dont l’appropriation par les humanistes quelques siècles plus tard a permis à l’Europe de s’extraire de l’époque féodale.

Parmi les héritages culturels majeurs de Cluny, on peut citer leur apport à l’embellissement des messes et des liturgies par des chants plus riches et des cérémonies plus soignées, une contribution importante à l’architecture par un travail colossal de construction et de rénovation.

Cluny invente également la pensée chevaleresque et mène un vrai travail visant à « dégrossir » une aristocratie aux moeurs guerriers et paillards. Elle donne ainsi aux autorités féodales un sentiment de devoir envers le reste de la société.

Autre apport intéressant dont Cluny n’est pas l’inventeur mais incontestablement un promoteur est une nouvelle conception du travail hérité de Saint Benoit. Jusqu’alors, le travail est avant tout considéré comme une activité avilissante, indigne des penseurs, des religieux ou des dirigeants (c’est l’héritage de la conception antique du travail). Mais Cluny, en mettant en avant la pensée de Saint Benoit, parvient à modifier ce paradigme, à faire du travail manuel une activité indispensable pour « nourrir » son esprit. C’est le fameux « Ora et Labora » bénédictin.

Ironiquement, le modèle Clunisien finira par s’effriter sous ses propres pesanteurs. Devenu tellement énorme et tellement intégré dans le monde, il suscitera de nouvelles réformes (la réforme Cistercienne principalement) et finira par se fondre dans les idées de son temps. Il meurt donc de sa belle mort étant parvenu à généraliser ses idées en suscitant de nouveaux élans spirituels.

Et le coworking dans tout ça ?

Pourquoi prendre autant de temps à discuter d’une réforme monastique datant de plus d’un millénaire ? Tout simplement parque j’y vois plusieurs enseignements majeurs pour les acteurs du coworking :

  • D’abord, il est amusant de souligner le parallèle entre les conditions de naissance de Cluny et celle du coworking. Les parallèles historiques sont toujours un peu casse-gueule mais, que l’on observe le fonctionnement du clergé en l’an 900 ou celui des grandes entreprises actuelles, on voit dans les deux cas un modèle essoufflé, manquant de marge de manoeuvre, de lucidité et d’adéquation avec les aspirations de son époque. 
  • Cluny ou le coworking sont proches dans leur méthodes et dans les moyens employés pour créer une alternative; ne pas chercher l’effet de « masse critique », ou les alliances prématurée avec des institutions trop importantes. Ne pas non plus s’opposer brutalement au modèle dominant mais simplement suivre sa propre voie sereinement avec ardeur et intégrité. Ne pas vouloir vendre un modèle avant de l’avoir testé et éprouvé mais être capable de démontrer par l’exemple le succès de ce que l’on a créé et de communiquer l’envie de changer de modèle.
  • Cluny montre que le combo Indépendance, Intégrité, Ouverture est un trio fécond, capable de faire bouger les lignes. C’est aussi je pense, une ligne que nous devons tenir en temps que mouvement émergent. Cluny montre que ça vaut le coup de travailler dur pour se garantir une indépendance financière, politique et intellectuelle. De rester droit dans ses valeurs sans ceder aux compromissions et de rester ouverts et d’échanger en permanence avec tous les acteurs de la société sans être ni doctrinaire, ni moralisateur.
  • Enfin, j’y vois un vrai encouragement pour le mouvement du coworking, car Cluny montre qu’en commençant petit, mais dans de bonnes conditions, on peut rapidement parvenir à diffuser largement dans la société et transmettre le meilleur de ce que l’on a à transmettre. 

On se retrouve au prochain épisode pour continuer à explorer d’autres types d’espaces de travail ayant changé l’histoire …

 

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Il s’agit de don

Aujourd’hui est une triste journée : Station C, espace de coworking de la première génération, est sur le point de fermer ou de changer de mains. Ce genre d’histoires arrive tous les jours. Mais pour moi et Les Satellites c’est un jour particulier car c’est chez eux, chez Patrick, Daniel et leurs membres que j’ai découvert le coworking. Les Satellites est une chimère sans Station C. Les Satellites est bâti avec l’ADN de Station C. Je suis un peu triste. J’essaie en ce moment de les aider du mieux que je peux mais j’ignore totalement ce qu’il arrivera d’ici février. Toute aide est la bienvenue par ailleurs : si vous êtes à Montréal et que vous avez la possibilité d’aider Station C à continuer à exister, alors faites-le. Pour tout ce que Station C représente. Pour tout ce que le fait d’aider représente.

ANIMAUX SOCIAUX

Cette histoire me rappelle que nous faisons ce que nous faisons aujourd’hui pour une raison intrinsèque à la nature humaine : aider. Aider la race humaine. Nous sommes et restons des animaux sociaux. Nous nous regroupons parce que nous partageons des valeurs, parce que nous partageons des croyances. Il s’agit de communauté. Il s’agit de culture. Qu’est-ce qu’une nation ? Des personnes se regroupant autour de valeurs et de croyances partagées. Qu’est-ce qu’une équipe de sport ? Des personnes se regroupant autour de valeurs et de croyances partagées. Deux Français dans le métro de New York débuteront une conversation plus facilement et plus rapidement que n’importe quels autres inconnus newyorkais. Pourquoi ? À cause de ces valeurs et de ces croyances qu’ils ont en commun. Dans un environnement dominé par des croyances qui ne sont pas les nôtres, par des valeurs qui ne sont pas les nôtres, nous sommes attirés par ceux qui croient à ce que nous croyons : et pour cela nous leur faisons confiance.

La confiance émerge quand deux personnes croient à la même chose. C’est un simple sentiment qui nous permet d’aider et de soutenir les autres. Je ferai davantage confiance à ce Français dans le métro de New-York me conseillant ce resto italien plutôt qu’à n’importe quel autre inconnu newyorkais. Parce qu’un ensemble de valeurs et de croyances nous lie. Moi, Nicolas Bergé, j’ai besoin de confiance. Elle décuple mes forces. Cette confiance me donne encore plus envie de prendre des risques, d’expérimenter (et donc d’échouer) et d’aller là où personne n’est encore allé parce que je sais au fond de moi que si j’échoue, si je m’effondre, quelqu’un viendra me relever, quelqu’un viendra m’aider. C’est la raison pour laquelle des communautés se forment. C’est la raison pour laquelle des cultures se forment. Seul, je ne suis pas bon (et il ne s’agit pas de technique mais bien de croyance). Parler aux autres est instinctif. La confiance est capable de tout changer. C’est ce que j’ai vécu après un an d’existence des Satellites et c’est ce que le coworking peut aisément apporter.

CONNAÎTRE LES SIGNAUX

Le point de départ est celui-ci : savoir ce que l’on recherche. Si l’on vous demande de sortir dans la rue et de chercher les personnes qui croient à ce que vous croyez, vous savez exactement où vous rendre. Vous rechercherez les signaux qui correspondent à vos croyances. Vous saurez où chercher. Vous saurez quoi cherchez. Car ceux que vous trouverez possèdent les signaux auxquels vous croyez. Cela s’appelle l’authenticité. Ce sont les signaux et les symboles qui font de vous ce que vous êtes. C’est vous. Tout simplement vous. N’est-il pas ahurissant d’entendre des entreprises demander à leurs clients comment elles devraient se comporter pour qu’ils les aiment plus ? « Comment devrions-nous nous comporter ?« , « Est-ce que vous nous aimeriez plus si nous faisions ci ou ça ?« . Remplaçons ces entreprises par nos amis. Nous répondrions : « Sois toi-même. » Tout simplement. Soyons nous-mêmes. Faisons les choses auxquelles nous croyons. Disons-les. Autour de nous se trouveront les personnes qui, comme nous, sont authentiques, qui émettent et recherchent ces mêmes signaux, ces mêmes symboles. Nous sentirons que nous faisons partie de quelque chose de grand, de plus grand que nous. Nous y participerons. Nous nous y engagerons. Parce que c’est juste nous. Cohérence et Authenticité.

Donc, plus l’on donne de nous-mêmes – plus l’on partage ce que l’on croit – plus nous découvrons des choses étranges : comme ce Français dans le métro de New York à qui je fais confiance et sur qui, plus important encore, je veille. C’est la clef de tout ceci : les relations humaines. Et c’est ce que des communautés comme Station C ont su faire et ont su communiquer autour d’elles depuis des années. La Générosité.

ÊTRE COMBLÉ

Il est assez incroyable de voir combien nous sommes heureux de donner. Il est assez incroyable de voir que le fait de donner provoque encore plus le fait de donner. Cette réaction en chaîne est caractéristique des relations humaines : plus l’on donne… et plus l’on donne. Il n’y a pas d’autres mots que « générosité » pour décrire cette instinctive inclinaison humaine. Qu’arrive-t-il quand vous souhaitez m’aider ? Vous sentez-vous comblé ? Est-ce que les gens s’entraident aujourd’hui ? Honnêtement, la réponse est non : ils ne le font plus. Pourquoi n’entendrez-vous plus jamais d’études de salariés de grandes entreprises comblés par leur travail ? Parce qu’ils n’agissent que pour eux. Moi, moi, moi. Tous les jours. Tout le temps. « Nous avons plus de RAM. Nous sommes plus rapides. Nous sommes les plus grands. Nous sommes les meilleurs. Nous existons depuis 1909. Nous sommes plus rapides qu’eux. Nous sommes plus efficace, etc. » Moi, moi, moi. Le tout pour obtenir quelque chose de nous. Ils prennent. Ils ne donnent pas. Des cultures, des communautés comme Station C donnent. Qui plus est sans rien attendre en retour. Elles aident les autres et touchent de près, par conséquent, ce sentiment d’être comblé. Juste parce qu’elles font quelque chose pour quelqu’un d’autre. Des « donneurs ». Pas des « preneurs ».

Toute relation humaine repose sur les donneurs. Si vous n’avez pas compris cela, si vous ne comprenez pas les hommes, alors vous ne comprenez pas comment ils travaillent ensemble et comment ils font des affaires ensemble.

RENCONTRER LES MEILLEURS

Station C n’a rien créé d’extraordinaire : rencontrer des personnes fantastiques tous les jours, les connaître davantage. Connaître leurs croyances, connaître leurs valeurs. C’est le contexte actuel qui a rendu ces simples choses extraordinaires. Avons-nous oublié combien il est bon d’être auprès d’autres personnes, d’être auprès des personnes qui partagent nos croyances et nos valeurs ? Heureusement, non.  Dame Nature nous dicte que c’est bon et c’est pourquoi nous continuons à nous rassembler. C’est le coworking. Moi, Nicolas Bergé, suis un petit peu comme toi et je crois qu’ensemble nous pouvons faire de grandes choses. Créons des liens entre nous. Créons des relations entre nous. En équipe nous pouvons toucher au sentiment d’être comblé. En équipe nous pouvons aider la personne juste à côté de nous. La question qu’il me reste est celle-ci : que faites-vous pour aider la personne juste à côté de vous ?

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Les Satellites Ont 1 An : Ceci est qui nous sommes (5/5)

À l’occasion du premier anniversaire des Satellites, une série de 5 posts a été publiée : Le CoworkingInvitation à la FêteL’Entrepreneuriat sur la Côte d’Azur1 Année de JFDI * et Ceci est qui nous sommes.Ceux d’entre vous qui aiment les chiffres vont être servis.
Voilà quelques semaines j’ai débuté une étude auprès des membres des Satellites. Suite à notre premier anniversaire, il était temps de faire le point. Qui sommes-nous ? Ce qui suit apporte quelques éléments de réponse.
J’ai toujours rêvé qu’à la question « Qu’est-ce que Les Satellites ? », les membres puissent répondre à ma place. Le « qui » m’intéresse davantage que le « que ». Qui sont Les Satellites ? Qui sont les personnes qui constituent la communauté des Satellites ? Que pensent-elles ? Quelles sont leurs valeurs ? Je pense qu’ils ont embrassé une grande partie de notre identité dans ce qui suit.

* Méthode : j’ai mis l’accent sur les membres ayant plus de quatre mois de présence aux Satellites, considérant que la plupart des questions n’avait de pertinence qu’après un certain temps passé dans l’espace. Les réponses sont anonymes,  prise en aparté avec chaque membre. 34 membres ont répondu au questionnaire.

« Il faut bien que je les suive puisque je suis leur chef »

Ma priorité, en tant que fondateur des Satellites, a toujours été de bâtir une identité authentique pour notre communauté. Je n’ai pas commis l’erreur de faire ce que j’aimais en attendant que les autres finissent par aimer ce que j’aime. Les Satellites est ce que les membres ont choisi d’en faire. Et j’en suis fier. Ceci exige beaucoup d’empathie. Ce terme est clef pour qu’une communauté soit viable et durable.

Les informations et les ressources recueillies au sein des Satellites sont-elles plus nombreuses ?
Réponse => Oui à 77 %

Plus utiles ?
Réponse => Oui à 92 %

L’accès à l’espace de coworking t’a-t-il permis de travailler plus efficacement ?
Réponse => Oui à 96 %

Aimes-tu inviter des clients, des collaborateurs, des partenaires aux Satellites ?
Réponse => Oui à 92 %

Ton image, ainsi que celle de ton entreprise ont-elles changé suite à ta présence aux Satellites ?
Réponse => Oui à 46 %

En bien ? En mal ?
Réponse => En bien à 96 %

Les membres des Satellites comprennent-ils bien ce que tu fais ?
Réponse => Oui à 77 %

Attraction – Répulsion

Pourquoi Les Satellites ? Si vous vous posez cette question, c’est ainsi que je devrai vous répondre : attraction – répulsion. Attraction – Répulsion. Car *tout* fonctionne ainsi. Une fois cette nouvelle personne rencontrée, quelque chose d’elle s’est posée sur moi, une marque s’est déposée. Cette marque est un lien, une attache, qui me permet de tourner autour de cette personne, de graviter autour d’elle. Deux astres qui se rencontrent pour la première fois sont appelés à se croiser à nouveau : une force les attire et les repousse mutuellement. En physique, on appelle cela la force gravitationnelle. Quelle marque est-ce que je souhaite laisser autour de moi – quelle force vais-je utiliser ? Aux Satellites, nous souhaitons qu’elle soit la plus vraie possible, la plus juste et la meilleure possible.

Être membre aux Satellites a-t-il agrandi ton réseau professionnel ?
Réponse => Oui à 85 %

Être membre aux Satellites a-t-il agrandi ton réseau personnel ?
Réponse => Oui à 92 %

Les services, événements et autres initiatives proposés par Les Satellites t’ont-ils aidé à mieux connaître les autres membres ?
Réponse => Oui à 70 %

Catalyseur

Beaucoup de nos membres ont voulu Les Satellites pour « sortir » de chez eux. C’est hallucinant tout ce qui se cache derrière ce « sortir ». Entre autres se trouve l’envie – le besoin – de respirer un autre air. Au sens propre comme au figuré. Sentir quelque chose de nouveau. Se sentir inconfortable. Afin que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Vous voulez le secret pour avoir de bonnes idées ? Le secret c’est qu’il n’y a pas de secret : tout est question d’environnement. Choisissez les graines pour que votre jardin soit bien vert… Je ne dis pas qu’il n’y a pas de hasard mais tout n’est pas laissé uniquement au hasard. Bien au contraire. Le coworking, aujourd’hui, a compris comment les bonnes idées émergent et c’est cela qui est important : savoir comment elles émergent. L’innovation, elle, n’est pas si importante : elle est vieille comme le monde.

Être membre t’a-t-il permis de découvrir de nouvelles idées, tendances, informations, techniques ou publics utiles à ton apprentissage professionnel ?
Réponse => Oui à 61 %

Être membre t’a-t-il permis de découvrir de nouvelles idées, tendances, informations, techniques ou publics utiles à ton apprentissage personnel ?
Réponse => Oui à 70 %

Être membre des Satellites t’a-t-il permis d’échanger de nouvelles idées avec les autres membres ?
Réponse => Oui à 92 %

Les Relations

Notre jardin est donc bien vert et il le reste. Mon rôle, en tant que leader des Satellites, est de savoir m’effacer et de pouvoir m’effacer pour que la collaboration entre membres se fasse naturellement et librement. Une fois arrosées, les plantes poussent seules… Je suis heureux que ceux qui font Les Satellites aujourd’hui comprennent qu’ils sont les piliers de notre esprit collaboratif. Ils participent, s’impliquent et contribuent. On ne force pas la participation. On ne force pas l’empathie. On les choisit et l’on sait pourquoi. Autre point dont je suis fier (et qui est partagé parmi les meilleures communautés de coworking) : nos membres ont choisi les relations avant les transactions.

As-tu collaboré avec au moins un autre membre ?
Réponse => Oui à 46 %

Les services, événements et autres initiatives proposés par Les Satellites t’ont-ils aidé à collaborer avec d’autres membres sur des projets communs ?
Réponse => Oui à 38 %

T’es-tu engagé dans au moins une initiative commune ?
Réponse => Oui à 85 %

As-tu collaboré avec des personnes à l’extérieur des Satellites suite au conseil ou à l’aide d’un des membres des Satellites ?
Réponse => Oui à 31 %

La Conséquence

L’argent ne tombe pas du ciel. Si tout ce qui a été cité ci-dessus est vrai et vérifié, alors il n’y a aucune raison pour que, en conséquence, les revenus des membres des Satellites ne grimpent pas une fois qu’ils font partie de la communauté. Est-ce important ? Oui, ça l’est. Est-ce essentiel ? Non, évidemment. L’essence n’est pas dans le revenu gagné. D’autres besoins essentiels priment. L’argent est une conséquence.

Être membre des Satellites t’a-t-il permis d’être plus crédible auprès de tes créanciers ?
Réponse => Oui à 40 %

Être membre des Satellites t’a-t-il permis d’accroître tes revenus ?
Réponse => Oui à 33 %

Bonheur

Amusant, n’est-ce pas ? Le thème du bonheur venant après celui de l’argent…

Travailler aux Satellites a-t-il amélioré ta qualité de vie professionnelle ?
Réponse => Oui à 96 %

Les Satellites est-il un environnement de travail sain ?
Réponse => Oui à 92 %

Les Satellites t’a-t-il permis de vivre en accord avec tes valeurs ?
Réponse => Oui à 92 %

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Bilan 2012 – Paris, Mutinerie

2012 est derrière nous, l’heure du bilan pour Mutinerie. L’ouverture nous semble déjà loin, elle ne date pourtant que du 12 mars 2012. Mais que ces neuf mois furent denses !

Depuis deux ans que nous travaillons sur Mutinerie, au fil de nos pérégrinations  nous avions beaucoup écris sur ce que nous pouvions attendre du coworking, sur les communautés qu’il permet de faire émerger, sur la culture que nous cherchons à établir, bref sur notre vision de la chose. Il nous tardait d’entrer dans le vif su sujet, de pouvoir soumettre nos idées – ou celles que nous avions intégrées – à l’épreuve du réel. Ce début d’année offre une bonne occasion de partager quelques enseignements.

Le coworking est social

Le succès d’un espace de coworking dépend avant tout de sa capacité à faire naitre, à rassembler et à faire croitre une communauté. Qu’on le veuille ou non, à chaque lieu est associé un contrat social spécifique et finalement une culture propre. Rassembler des personnes au même endroit est le point de départ de toute action collective.

« Qui m’aime me suive » est la « stratégie » simple, saine et efficace que nous adoptâmes naturellement. Cela nous permît de poser les bases sans lesquelles nous n’aurions pu réaliser ce projet. Merci à ceux qui nous ont inspirés, à ceux qui ont cru en nous alors que nous n’étions que têtards.

Après bientôt un an d’activité, nous ne pouvons que confirmer l’importance de cette logique de communauté. Sans cette base de confiance, les complémentarités ne peuvent s’exercer pleinement. Cette attitude de bienveillance à priori rend possible des rencontres qui n’auraient pas pu avoir lieu dans le cadre social traditionnel, tout plein qu’il est de méfiance, de préjugés et de castes.

Rassembler harmonieusement au sein d’un même lieu des personnes d’univers très différent n’est pas chose aisée. Cela ne peut se faire que dans un environnement réellement ouvert, non dogmatique. Le respect de l’autre tient lieu de clé de voûte à ce fragile édifice. Les connexions rares ainsi permises sont d’une grande valeur. On comprend facilement l’intérêt d’être au carrefour de chemins qui jamais ne se croisent.

deskmag coworking

« Mutinerie se divise en deux catégories :  il y a ceux qui vont bosser pour moi et ceux pour qui je vais bosser ». Dixit un coworker arrangé au rhum

Dans la pratique, voici les 5 types de collaborations les plus fréquents au sein de Mutinerie :

– Travailler ensemble sur un projet commun. C’est l’exemple classique du designer et du développeur qui, pour un temps donné, constituent une équipe.

– Mutualiser des actions de communication / actions événementielles. Nous sommes nombreux à travailler sur des problématiques connexes avec des angles d’attaque et expertises complémentaires. Nos audiences sont différentes mais elle se complètent et se mélangent bien.

– Pratiquer le micro conseil gratuit. donner son avis sur un logo, donner quelques conseils sur les RP, débloquer quelqu’un sur un problème technique… Ce genre de petits coups de pouce qui font gagner beaucoup de temps.

– Se refiler des bons tuyaux. « Je connais un mec super qui sait faire ça. » « Cette app est top, essaie la. » « Tu as vu l’appel à projet ? » « Cette journaliste aimerait vous rencontrer. » « Ma cousine cherche un stage. » « Peux tu me donner la recette de cette tarte que tu nous a ramené mardi dernier ? »

– Se former mutuellement. Pouvoir s’apprendre des choses entre coworkers à l’occasion de formations.

Le Coworking est local

Nous le confirmons. Voici une carte isokron sur laquelle nous avons rajouté les adresses approximatives des coworkers :

En jaune les personnes qui ont entre 0 et 15 min de transport
En vert entre 15 et 30
En bleu entre 30 et 45
En rouge à plus de 45

carte isokron Mutinerie coworking paris

 Cela a tendance à confirmer le rayon optimal de 20 minutes de transport avec une attractivité vraiment forte à moins de 10 minutes – plus de 50% des coworkers sont situés à moins de 10 minutes.

Les espaces de coworking permettent d’éviter l’absurdité des heures perdues dans les transports. Ils sont bien souvent connectés au quartier. Ils s’inscrivent clairement dans une dynamique ultra locale.

Le Coworking est viral

Comme en atteste la dernière étude de Deskmag, cette année encore, le nombre d’espace de coworking dans le monde a doublé. En France, l’année 2012 a été particulièrement riche en nouveaux espaces ou projets d’espaces. À Mutinerie, nous avons passé beaucoup de temps à partager notre expérience avec les nombreux porteurs de projets qui sont venus vers nous. Deux coworkers mutins même sont en train d’ouvrir leurs propres espaces de coworking : Anh Tuan Gai avec Coswos à Montpellier et Francesco Cingolani à Paris avec Super Belleville. D’autres espaces nous ont fait l’honneur de s’inspirer de Mutinerie comme La Poudrière que viennent d’ouvrir les joyeux drilles de Coworking Nancy.

Au delà de cette prolifération d’espaces, le coworking est en train de pénétrer de nouvelles sphères. Depuis deux ans, nous avons été contacté par une multitude d’acteurs différents : des collectivités locales, des agences publiques, des associations, des promoteurs immobiliers, des centres d’affaires, des groupements d’entrepreneurs, des groupements d’employeurs, des sociétés de portage, des centres d’études et de recherche, des accélérateurs, des universités et grandes écoles, des agences d’archi et de design, des sociologues, des étudiants…

Ils viennent nous voir parce parce qu’ils y trouvent un cas d’étude, une proposition nouvelle. Il ne s’agit pas de dire que demain tout le monde travaillera dans un espace de coworking, certaines activités, certains métiers, certains marchés ne sont évidement pas compatibles avec ce mode d’organisation. Le coworking ne prétend pas être le futur du travail en général ; c’est avant tout une exploration. Ces espaces agissent comme des catalyseurs d’innovation, ils cristallisent les changements de nos sociétés, il sont le laboratoire de nouveaux modes de vie. C’est un bouillon de culture, une page blanche, un territoire inconnu.

Mutinerie Coworking Paris

Pour finir, nous sommes heureux du chemin parcouru, fiers de nos coworkers et toujours passionnés par notre travail. L’année 2013 devra être l’année de la confirmation pour Mutinerie. Nous avons encore un bon stock de projets excitants, beaucoup de bonnes volontés et de talents autour de nous mais il faudra trouver les financements adéquats pour pouvoir embaucher, grandir et continuer l’exploration. Nous aurons bientôt l’occasion de vous en dire plus à l’occasion d’un goûter dégénérant. L’évènement n’est pas encore en ligne mais vous pouvez dors et déjà bloquer l’après-midi du dimanche 20 janvier – la soirée aussi…

Bonne année et comme dit si bien Georges Pernoud : Bon Vent !

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